Combien d’ancienneté faut-il en intérim pour obtenir un rachat de crédit ?
Aucun texte ne fixe de seuil. Les prêteurs regardent la continuité des missions sur 12 à 24 mois, le volume d’heures et la régularité du revenu.
Aucun texte ne fixe d’ancienneté minimale : le seuil est une règle interne de chaque prêteur, et il varie. Ce que toutes les grilles regardent, en revanche, est le même : la continuité. Un contrat de mission est temporaire par construction — l’article L.1251-1 du code du travail le définit comme conclu pour l’exécution d’une tâche précise et temporaire. Un prêteur ne peut donc pas s’appuyer sur la durée du contrat en cours ; il s’appuie sur la suite des contrats qui précèdent.
En pratique, trois éléments se recoupent dans l’étude d’un dossier d’intérimaire.
Le troisième chiffre n’est pas propre à l’intérim : la décision n° D-HCSF-2021-7 du Haut Conseil de stabilité financière fixe à 35 % des revenus, assurance comprise, le taux d’effort maximal, et à 25 ans la durée maximale d’un crédit immobilier. Les établissements disposent d’une marge de flexibilité sur une part de leur production trimestrielle, mais elle sert d’abord aux primo-accédants — un intérimaire n’a pas de raison de compter dessus.
Entre deux missions sur le même poste, la loi impose un délai de carence à l’entreprise utilisatrice : un tiers de la durée du contrat écoulé si la mission a duré au moins quatorze jours, la moitié si elle a duré moins (article L.1251-36 du code du travail). Cette carence est une contrainte de l’employeur, pas un choix du salarié. Elle s’explique en une phrase dans la lettre d’accompagnement du dossier, et elle cesse d’être lue comme un trou d’activité.
Les 5 pièces qui prouvent la continuité d’un parcours en intérim
Bulletins, contrats de mission, attestation de l’agence, relevés de compte, avis d’imposition.
Un dossier d’intérimaire se gagne sur les pièces, parce que le contrat en cours ne prouve rien à lui seul. Cinq documents suffisent à établir la continuité, et ils se demandent tous en quelques jours.
- 1Douze bulletins de paie consécutifs — ils montrent le volume d’heures mois par mois, et c’est la pièce la plus regardée.
- 2Les contrats de mission de la période, ou le récapitulatif que l’agence édite sur demande.
- 3Une attestation d’emploi de l’agence précisant la date de première mission et, s’il y a lieu, les missions à venir déjà signées.
- 4Les relevés de compte des trois derniers mois : c’est là que le prêteur vérifie l’absence d’incident et le reste à vivre réel.
- 5Les deux derniers avis d’imposition, qui lissent l’année et neutralisent les mois creux.
Un intérimaire qui travaille avec plusieurs agences a intérêt à demander une attestation à chacune : c’est la seule façon de montrer que les périodes se complètent au lieu de se succéder avec des trous.
Ce que le CDI intérimaire change dans un dossier de rachat de crédit
Il garantit une rémunération mensuelle minimale entre deux missions, ce qui donne au prêteur un revenu plancher opposable.
Le CDI intérimaire est un contrat à durée indéterminée conclu avec l’agence, pas avec l’entreprise utilisatrice. Il est encadré par les articles L.1251-58-1 à L.1251-58-8 du code du travail. Sa particularité tient à une clause obligatoire : le contrat mentionne une rémunération mensuelle minimale garantie, versée y compris pendant les périodes sans mission (article L.1251-58-2).
Pour un prêteur, cela change la nature de la question. Il ne s’agit plus d’estimer un revenu probable à partir d’un historique : il existe un plancher contractuel. C’est le meilleur statut possible pour un intérimaire qui prépare un regroupement de crédits, et il vaut la peine d’en parler à son agence avant de déposer un dossier.
L’indemnité de 10 % prévue à l’article L.1251-32 du code du travail n’est pas due lorsque le salarié est en CDI intérimaire. Le revenu mensuel affiché baisse donc, alors même que la sécurité du dossier augmente. Sur un bulletin, cela peut ressembler à une perte de revenu : c’est l’inverse, et cela se dit dans la lettre d’accompagnement.
Calcul à 6,26 %, taux relevé par Empruntis en juillet 2026 sur un regroupement de crédits à la consommation. Hors assurance et frais de dossier.
Quel revenu un prêteur retient réellement sur un bulletin d’intérimaire
Le salaire de base est retenu, l’indemnité de fin de mission et l’indemnité de congés payés sont retraitées, et le total est lissé sur douze mois.
Un bulletin d’intérimaire additionne des lignes qui n’ont pas la même valeur aux yeux d’un prêteur. Deux indemnités représentent à elles seules 20 % du brut, et aucune n’est un revenu récurrent au sens d’une grille d’octroi.
- 1L’indemnité de fin de mission (IFM) : 10 % de la rémunération totale brute de la mission, article L.1251-32 du code du travail. Elle compense la précarité et n’est versée qu’à la fin de chaque contrat. Un salarié en CDD perçoit une indemnité comparable, au même taux, mais son ancienneté se compte sur un contrat unique et non sur une suite de missions.
- 2L’indemnité compensatrice de congés payés (ICCP) : 10 % de la rémunération totale brute, indemnité de fin de mission comprise, article L.1251-19 du code du travail. C’est le paiement de congés non pris, pas un salaire supplémentaire.
- 3Le salaire de base et les majorations d’heures : c’est la part que toutes les grilles retiennent sans discussion.
La pratique la plus répandue consiste à lisser le revenu net imposable des douze derniers mois plutôt qu’à prendre les trois derniers bulletins. Cette méthode dessert un intérimaire qui vient d’enchaîner trois gros mois ; elle sert celui qui a connu un creux ponctuel. Dans les deux cas, elle se vérifie avant de déposer : l’avis d’imposition donne le chiffre exact.
Les allocations France Travail comptent en complément d’un revenu, pas à la place
Une allocation versée entre deux missions est prise en compte partiellement, et seulement à côté d’un salaire.
Pôle emploi s’appelle France Travail depuis le 1ᵉʳ janvier 2024 (loi n° 2023-1196 du 18 décembre 2023 pour le plein emploi). Le changement est de nom, pas de règle.
Une allocation d’aide au retour à l’emploi perçue entre deux missions n’est pas rejetée par principe, mais elle est traitée comme un revenu à durée déterminée : les prêteurs la retiennent au mieux partiellement, et jamais comme revenu principal. Ce qui compte, c’est la durée de droits restants, lisible sur l’attestation de paiement mensuelle téléchargeable depuis l’espace personnel. Un dossier déposé avec dix-huit mois de droits restants ne se lit pas comme un dossier déposé avec trois.
Un exemple chiffré : 24 200 € de crédits regroupés sur un revenu d’intérimaire
Trois crédits à 703 € par mois ramenés à 357 € sur 84 mois, ou 272 € sur 120 mois — avec le surcoût que cela représente.
Prenons un intérimaire du BTP, dix-neuf mois de missions consécutives, revenu net lissé de 1 950 € par mois. Il porte trois crédits :
- 1un prêt auto de 11 000 € restants à 4,90 %, 36 mensualités à venir — 329 € par mois.
- 2un prêt personnel de 9 000 € restants à 8,10 %, 48 mensualités — 220 € par mois.
- 3un crédit renouvelable de 4 200 € à 18,90 %, 36 mensualités — 154 € par mois.
Soit 703 € de mensualités pour 1 950 € de revenu, un taux d’endettement de 36 % : au-dessus du repère de 35 %, et c’est précisément ce qui fait refuser un dossier. Le regroupement porte sur 24 200 €, au taux moyen des crédits à la consommation amortissables relevé par la Banque de France en juin 2026, soit 6,27 %.
La version sur 84 mois ramène l’endettement à 18 % et laisse 346 € de plus chaque mois. La version sur 120 mois descend à 14 % mais coûte 2 676 € de plus. Pour un intérimaire, la durée la plus courte que le budget supporte est presque toujours la bonne : elle réduit la période pendant laquelle un aléa de missions peut faire dérailler le remboursement. Ces chiffres sont donnés hors assurance et hors frais de dossier, qui s’ajoutent au TAEG.
Entrez ce que vous devez encore, la nouvelle mensualité s’affiche. Le coût total de l’opération est affiché juste à côté, sans avoir à le demander.
L’assurance perte d’emploi d’un intérimaire couvre le licenciement, pas la fin de mission
La garantie se déclenche sur un licenciement. Une fin de contrat de mission arrivée à son terme n’en est pas un.
C’est le malentendu le plus coûteux de ce type de dossier. Une garantie perte d’emploi, aussi appelée garantie chômage, s’adosse à un licenciement ouvrant droit à l’allocation de retour à l’emploi. Or un contrat de mission qui arrive à son terme n’est pas un licenciement : il cesse de plein droit. La garantie ne joue donc pas, quel que soit le nombre de missions perdues.
Deux délais s’ajoutent, et ils se lisent avant de signer, pas après :
- 1Le délai de carence. La période qui suit la signature du contrat d’assurance et pendant laquelle aucune garantie ne joue, quelle que soit la situation. Elle dure généralement six à douze mois et figure aux conditions générales.
- 2Le délai de franchise. La période qui suit la perte d’emploi et pendant laquelle rien n’est encore versé. Elle dure généralement 60 à 90 jours, et c’est elle qui décide si la garantie sert à quelque chose sur un aléa court.
- 3La durée d’indemnisation. Le nombre de mensualités effectivement prises en charge, souvent 12 à 24 au total sur toute la vie du prêt. Au-delà, la mensualité redevient entièrement à votre charge.
La garantie décès et la garantie incapacité de travail, elles, jouent normalement pour un intérimaire : ce sont les deux qu’un prêteur exige, et ce sont celles qui protègent réellement le dossier. Refuser la garantie perte d’emploi et conserver les deux autres est une option souvent plus rationnelle qu’un contrat dont la clause principale ne pourra jamais se déclencher.
Que faire quand aucun prêteur n’accepte le dossier d’un intérimaire
Trois leviers avant de renoncer : la caution ou l’hypothèque, le co-emprunteur, et le report des échéances qui coûtent le plus cher.
Un refus tient rarement au statut seul. Il tient au trio revenu lissé, endettement et absence de garantie. Trois leviers agissent sur ce trio, et ils ne demandent pas d’attendre.
- 1Apporter une garantie. Un intérimaire propriétaire peut adosser l’opération à une hypothèque, ce qui déplace l’examen du revenu vers la valeur du bien. Le coût de mise en place et de mainlevée s’anticipe.
- 2Ajouter un co-emprunteur. Les revenus s’additionnent et le taux d’endettement se calcule sur le foyer. C’est le levier le plus efficace lorsque le conjoint est en contrat stable.
- 3Solder d’abord le crédit renouvelable. Dans l’exemple ci-dessus, 4 200 € à 18,90 % coûtent plus cher que les deux autres crédits réunis. Le racheter seul est parfois accepté quand le regroupement total ne l’est pas.
Si aucun de ces leviers n’est disponible et que les mensualités ne passent plus, la marche suivante n’est pas un nouveau crédit : c’est le report d’échéance prévu au contrat, puis, si la situation dure, le délai de grâce judiciaire de l’article L.314-20 du code de la consommation, qui permet au juge de reporter ou d’échelonner le paiement sur deux ans au maximum.
Les situations voisines de la vôtre
Chaque profil se heurte à une contrainte différente de la grille du prêteur. Les quatre pages ci-dessous détaillent celles des situations les plus proches.
L’ancienneté et la régularité des revenus pèsent plus que la nature du contrat. Montrez ce que vaut votre dossier.
Questions fréquentes
Combien de temps d’ancienneté faut-il en intérim pour un rachat de crédit ?+
Aucun texte n’impose de seuil : c’est une règle interne à chaque prêteur. Les grilles demandent le plus souvent douze à vingt-quatre mois d’activité en intérim sans interruption longue, et douze bulletins de paie consécutifs. Ce qui est mesuré n’est pas la durée du contrat en cours — un contrat de mission est temporaire par définition (article L.1251-1 du code du travail) — mais la continuité du parcours.
Le CDI intérimaire facilite-t-il un rachat de crédit ?+
Oui, nettement. Il comporte une clause obligatoire de rémunération mensuelle minimale garantie, versée même entre deux missions (article L.1251-58-2 du code du travail). Le prêteur dispose donc d’un revenu plancher contractuel au lieu d’une estimation. En contrepartie, l’indemnité de fin de mission de 10 % n’est plus due, ce qui fait baisser le revenu affiché sur le bulletin.
L’indemnité de fin de mission compte-t-elle dans le revenu retenu ?+
Elle est retraitée. L’indemnité de fin de mission vaut 10 % de la rémunération totale brute (article L.1251-32 du code du travail) et l’indemnité compensatrice de congés payés 10 % également (article L.1251-19). Ensemble elles représentent un cinquième du brut, mais elles ne sont versées qu’en fin de contrat : les prêteurs les écartent ou les pondèrent, et retiennent le revenu net imposable lissé sur douze mois.
Un intérimaire au chômage entre deux missions peut-il déposer un dossier ?+
Il le peut, mais l’allocation ne remplace pas un salaire : elle est prise en compte partiellement et seulement à côté d’un revenu d’activité. Ce que le prêteur regarde est la durée de droits restants, lisible sur l’attestation de paiement France Travail. Déposer pendant une mission en cours, avec des missions à venir déjà signées par l’agence, change nettement la lecture du dossier.
L’assurance perte d’emploi couvre-t-elle la fin d’une mission d’intérim ?+
Non. La garantie se déclenche sur un licenciement. Un contrat de mission qui arrive à son terme cesse de plein droit et n’est pas un licenciement : la garantie ne joue pas. Les garanties décès et incapacité de travail, elles, jouent normalement — ce sont celles que les prêteurs exigent.
Un intérimaire peut-il faire racheter un crédit immobilier ?+
Oui, la loi ne l’interdit pas. En pratique, un dossier majoritairement immobilier suppose une garantie — hypothèque ou caution — et le taux d’endettement de 35 % assurance comprise s’applique de la même façon (décision n° D-HCSF-2021-7 du Haut Conseil de stabilité financière). L’ancienneté demandée est en général plus longue que pour un regroupement de crédits à la consommation.
Le délai de carence entre deux missions est-il vu comme un trou d’activité ?+
Il ne devrait pas l’être : c’est une obligation légale imposée à l’entreprise utilisatrice, pas un choix du salarié. L’article L.1251-36 du code du travail impose un tiers de la durée du contrat écoulé si la mission a duré au moins quatorze jours, la moitié si elle a duré moins. Une phrase d’explication dans la lettre d’accompagnement suffit à lever l’ambiguïté.
Vaut-il mieux allonger la durée pour faire baisser la mensualité ?+
Pas au-delà de ce que le budget exige. Sur 24 200 € regroupés à 6,27 %, passer de 84 à 120 mois fait descendre la mensualité de 357 € à 272 €, mais coûte 2 676 € de plus au total. Pour un intérimaire, la durée la plus courte supportable réduit aussi la période pendant laquelle un aléa de missions peut faire dérailler le remboursement.
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Nos sources
- 1Légifrance — Article L.1251-1 du code du travail — le contrat de mission est conclu pour l’exécution d’une tâche précise et temporaire (1ᵉʳ septembre 2026)
- 2Légifrance — Article L.1251-32 du code du travail — indemnité de fin de mission égale à 10 % de la rémunération totale brute (1ᵉʳ septembre 2026)
- 3Légifrance — Article L.1251-19 du code du travail — indemnité compensatrice de congés payés égale à 10 % de la rémunération totale brute, indemnité de fin de mission comprise (1ᵉʳ septembre 2026)
- 4Légifrance — Article L.1251-36 du code du travail — délai de carence entre deux contrats sur le même poste (1ᵉʳ septembre 2026)
- 5Légifrance — Articles L.1251-58-1 à L.1251-58-8 du code du travail — contrat à durée indéterminée intérimaire et rémunération mensuelle minimale garantie (1ᵉʳ septembre 2026)
- 6Légifrance — Loi n° 2023-1196 du 18 décembre 2023 pour le plein emploi — France Travail remplace Pôle emploi au 1ᵉʳ janvier 2024 (1ᵉʳ septembre 2026)
- 7Haut Conseil de stabilité financière — Décision n° D-HCSF-2021-7 — taux d’effort maximal de 35 % assurance comprise, durée maximale de 25 ans (1ᵉʳ septembre 2026)
- 8Banque de France — Stat Info « Crédits aux particuliers », juin 2026 — taux moyen des crédits à la consommation amortissables : 6,27 % (1ᵉʳ septembre 2026)
- 9Légifrance — Article L.314-20 du code de la consommation — délai de grâce judiciaire, report ou échelonnement sur deux ans au maximum (1ᵉʳ septembre 2026)